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ART DU PROCHE-ORIENT ANCIEN
cours de Sabine Barbé
Atelier des Beaux Arts de la Ville de Paris
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Introduction chronologique
 
-10000 ans Epoque Néolithique
Les premiers villages : Natouf, Mureybet.
Céramique : cultures d'Hassuna, Samarra et Halaf.
-5000 ans Epoque d'Obeid
Développement de l'architecture et création du premier temple à Eridu
-3750 ans Epoque d'Uruk
Naissance de la première ville à Uruk
Apparition de la roue, écriture, comptabilité, sceaux-cylindres
-2900 ans Epoque Sumérienne :
Dynasties archaïques, formation des "Cités-Etats" (Uruk, Ur, Eridu, Lagash). Héros légendaire Gilgamesh
-2340 ans Epoque Akkadienne :
Naissance du premier empire par Sargon d'Akkad. Règne de Naram Sin
-2150 ans Epoque Néo-Sumérienne :
Les Sumériens reprennent le pouvoir : roi-prêtre Gudea et Ur-Nammu
-1894 ans Epoque Babylonienne :
Fondation de la première dynastie babylonienne.
Règne d'Hammurabi qui édicte un code de 282 lois et textes juridiques
-900 ans Epoque Assyrienne :
L'Assyrie domine le Proche-Orient et constitue un puissant empire. Règne d'Assurnazirpal II, Salmanazar III, Sargon II et Assurbanipal
-612 ans Epoque Néo-Babylonienne :
Destruction de l'Assyrie et prise de Ninive par les Babyloniens et les Elamites. Règne de Nabuchodonosor II
-539 ans Epoque Perse :
Prise de Babylone par Cyrus II le Grand et fondation de l'Empire perse
-331 ans Prise de Babylone par Alexandre le Grand
Epoque charnière entre la préhistoire et notre époque :
- Avènement de l'économie et de la production : domestication (chien, chèvre, mouton, porc, boeuf) et irrigation alors que pendant la préhistoire, la chasse et la cueillette prédominaient
- Avènement de l'organisation sociale, politique et urbaine : distribution des fonctions, développement de l'art religieux et monarchique pour incarner les institutions
- Invention de la roue, de l'écriture et de la comptabilité
 
Géographie

La Mésopotamie est le « Pays entre les Fleuves » (du grec : mesos « milieu » et potamos « fleuve »).
Ces fleuves sont le Tigre et l’Euphrate partis du haut massif arménien, traversant l’Assyrie montagneuse avant de pénétrer dans la vaste plaine de Mésopotamie, arrosant la Chaldée et terminant leurs cours par un vaste delta et dans le Golfe Persique.
Actuellement, la Mésopotamie se situe en essentiellement Irak et pour une faible part en Turquie et Arménie.

En Mésopotamie, la pierre est rare. C’est la raison pour laquelle il n’y subsiste aucune ruine imposante comme en Egypte et cela explique le fait que les archéologues n’aient commencé à s’intéresser à ce désert que vers 1840. La Mésopotamie est la civilisation de l’argile, seul matériau dont les habitants pouvaient disposer autant qu’ils le désiraient.

 
Cartes de la région
 

1. Epoque néolithique

De -10000 ans à -5000 ans :

La néolithisation au Proche Orient est remarquablement précoce. Elle s’y déclenche et s'y poursuit sans aucune influence extérieure. La néolithisation est le passage d’une économie de prédation (chasse, cueillette, pêche) à une économie de production volontaire de certaines plantes et de certains animaux. Elle se caractérise par des villages construits, agriculture et élevage, céramique et pierre polie, cultes nouveaux.
Les steppes semi-arides recouvrant les contreforts des monts Zagros et de la chaîne du Taurus (région de Djézireh en haute Mésopotamie syrienne et son prolongement en Turquie et à l’ouest de l’Euphrate) ont bénéficié de conditions naturelles exceptionnellement favorables à la néolithisation : présence de plantes sauvages, céréales (blé et orge) ou légumineuses (pois, lentilles) déjà consommables avant l’apparition de leurs versions domestiques et de bœufs, moutons et chèvres sauvages dont les troupeaux parcouraient ce territoire.

-10000/-8300 ans : Apparition des premiers villages avec les civilisations Natoufienne et Mureybetienne

Localisation : vaste territoire allant du moyen Euphrate au delta du Nil. Des villages ont été signalés dans le Néguev, dans le sillon du Jourdain (Jéricho) et sur le moyen Euphrate (Mureybet et Abu Hureyra).
Outils : outillage microlithique géométrique où prédominent les segments de cercle, avec des lames de faucille en silex, de la vaisselle de pierre et du matériel de broyage requis par la consommation des céréales, silos destinés au stockage.

Habitat : abris naturels avec des "murs" de gros blocs, abris creusés dans les pentes et surtout les premiers villages :agglomérations de cabanes à demi enterrées dans des fosses rondes. On y trouve des enduits muraux, parfois peints, des sols dallés et enduits, toit.
Religion : grosse déesse de la fertilité et le dieu-taureau, maître des animaux.
Artisanat
: objets d’ornement (pendeloques en bâtonnets de Mureybet) grâce à l'invention de la technique de polissage de la pierre, peignes, aiguilles en os, décorations sur les parois et les sols.

Les Natoufiens avaient pour coutume d’ensevelir séparément les crânes, à coté ou à l'intérieur de silos.

 
Reconstitution d'une maison de Mureybet (-10000/-8300 ans, Syrie)
 
Perles dentales (1)
Mortiers et pilon (2)
(-10000/-8300 ans, civilisation Natoufienne, Syrie et Palestine)
1. 2.
 
-8300/-7500 ans : Apparition de la production de subsistance

Apparition des premiers "champs", c’est-à-dire de concentrations artificielles de céréales au voisinage même du village.
La pêche est abandonnée et les chasseurs poursuivent seulement certaines espèces animales (bœufs et ânes sauvages) plus rentables alimentairement que les gibiers plus petits.
Habitat : les maisons en fosses rondes persistent mais apparaissent de véritables murs de pierres ou de briques crues liées par du mortier, le tissu villageois, naguère assez lâche et dispersé, se resserre grâce à de nombreuses contiguïtés entre maisons voisines, le plan des maisons rondes se perfectionne et se divise, en multiples cellules que séparent des murets droits, tandis qu’à Jéricho apparaissent des constructions monumentales (tour ronde, "remparts") dénotant l’exercice d’un travail collectif, intéressant tout le village.
Artisanat : premières poteries connues vers 7700 sur le moyen Euphrate (très petits vases, encore rares). L’invention de la terre cuite sert à façonner des petits objets géométriques (disques, cylindres) et surtout des figurines féminines, première apparition au Proche-Orient du thème de la déesse de la Fécondité qui connaîtra une vaste diffusion dans l’Orient méditerranéen. La pierre polie reste d’abord limitée à des objets non utilitaires (bâtons polis de Mureybet). Les premières haches polies n’apparaissent que vers 7600 sur les sites du moyen Euphrate.
 
Figure féminine ou déesse de la Fécondité (-8000/-7000 ans, Calcite, civilisation Mureybetienne, Syrie)
 

-7500/-6600 ans : Apparition des villages d'agriculteurs-éleveurs

-6600/-5800 ans : Apparition de l'irrigation

Apparition de nouvelles espèces cultivées (orge à six rangs, fèves, lentilles, lin).
Habitat : la chaux et le plâtre gagnent la totalité de la Syrie et la Turquie du Sud pour y enduire sols et murs. A Çatal Hüyük, le village occupe 13 hectares et atteindra 5.000 habitants, l’architecture, particulièrement dense, est du type agglutinant qui impose l'accés aux maisons par les terrasses. Les maisons comportant en général deux pièces, l’une d’elles est chaque fois un véritable sanctuaire domestique, avec des sépultures dans des banquettes d’argile, des hauts-reliefs et des fresques peintes sur les murs, des statuettes de pierre et des figurines de terre cuite dans le mobilier. A Tepe Sialk, les morts sont inhumés en position fléchie, sous le sol des demeures. Des espaces sont construits spécialement pour les crânes avec incrustation de coquilles (coquillage) dans les yeux, le nez, les pommettes sont remodelées. Culte des ancêtres, volonté de conserver comme "vivant" le défunt.
Outils
: production à Çatal Hüyük (Turquie) de beaux miroirs polis en obsidienne (riche volcanique virtreuse), le cuivre natif (martelé) et le plomb sont travaillés pour la parure, le bois pour la confection de récipients, le cuir et les fibres végétales pour l’habillement.
Artisanat : La chaux et le plâtre servent à confectionner des récipients ("vaisselles blanches"). De la poterie d’usage apparaît presque partout : tantôt les formes ne sont pas décorées mais le plus souvent lustrées, tantôt les pièces sont revêtues de décors peints.
Art : A Çatal Hüyük, deux divinités sont réprésentées dans les sanctuaires familiales.
1. Déesse mère : statuettes ou hauts-reliefs muraux avec un environnement de bêtes sauvages, dangereuses ou carnivores (belettes, vautours, renards, sangliers) soulignant son aspect funéraire.
2. Taureau (monde masculin) représenté de façon monumentale sous forme de crânes d’argile saillant des murs, piliers hérissés de cornes ou en figure centrale des fresques peintes.

 
Statues d'Ain Ghazal (-6500 ans, Terre chaulée, Jordanie, Musée archéologique d'Amman et Musée du Louvre)
 
Reconstitution du village de Çatal Hüyük (1) et d'un sanctuaire familial (2) (-6000/-5500 ans, Turquie)
1. 2.
 
Déesse mère assise sur un trône de panthères (-6000/-5500 ans, Çatal Hüyük, Turquie)
 
Figurine de femme assise (-6000/-5500 ans, Argile lissée, 6,65 cm x 5,70 cm, Anatolie, Turquie, Musée du Louvre)
Ces statuettes traduisent l'importance attachée à la figure de la femme, et davantage à ses attributs sexuels : seins et ventre lourds, hanches larges, cuisses et fesses énormes sont autant de traits qui évoquent la fécondité féminine. Ces figurines symboliques matérialisent un mode de pensée nouveau pouvant correspondre à l'apparition des sociétés agricoles. Les hommes, passés du statut de chasseur-cueilleur à celui d'agriculteur, sont désormais confrontés à des soucis nouveaux et si la femme a toujours été la garante de la pérennité de la vie du groupe humain, elle symbolise aussi désormais la fertilité de la terre nourricière. Ces figurines étaient probablement utilisées lors de rites magiques visant à assurer cette fécondité, source de toute vie, mais il est peut-être prématuré d'y voir les premières représentations d'une divinité suprême, d'une déesse-mère à laquelle un culte aurait été rendu.
 
-5800/-4500 ans : Apparition de la céramique

3 cultures du bassin mésopotamien sont représentatives de la culture de l'ensemble du Proche Orient : les cultures d'Hassuna, de Samarra et de Halaf.
Céramiques "archaïque" peinte (1) et Céramique "standard" peinte (2) de Hassuna (-5800/-5500 ans, Irak, Musée de Bagdad)
1.2.
Céramique dite "archaïque" composée de grosses jarres arrondies (hauteur pouvant atteindre 1,20 m.), argile grossier, couleur fond beige ou rouge, décoration à partir de motifs très simples (lignes, triangles, hachures, quadrillages), parfois traits de peinture rouge.
Céramique "standard", même formes et dessins que la précédente céramique mais traits de peinture plus épais, rouges ou bruns, décoration étendue et facture habile, incisions sur l'argile fraîche recouvrant la totalité du vase.
 
Figures féminines de Hassuna (-5800 ans, Irak, Terre cuite (1), Albâtre(2))
1. 2.
 
Coupes peintes de Samarra (-5600/-5000 ans, Terre cuite, Irak, Musée de Bagdad)
Une belle céramique, fond beige clair, grands plats richement décorés de motifs symboliques à caractère religieux au travers de dessins d'animaux, de silhouettes humaines, d'oiseaux, de poissons dont la disposition au centre ou en cercle autour du plat a une signification cultuelle.
 
Céramiques de Halaf (-5400/-4500 ans, Terre cuite, Syrie, British Museum (1), Argile, Musée de Bagdad (2))

1. 2.
Certainement la plus belle poterie polychrome de la période protohistorique du Moyen-Orient, réalisée à la main à partir d'argile ferrugineuse. Le fond est couleur crème ou légèrement rosé. A l'origine, motifs rouges et noirs puis polychromes couvrant la totalité du vase, dessins symboliques (triangles, carrés, damiers, croix, festons d'animaux, personnages stylisés), expression d'un idéal religieux avec au centre la représentation d'une divinité (principe de vie) entourée d'animaux délétères (principe de mort).
 
Figurine féminine de Halaf (-5000 ans, Terre cuite, Syrie, British Museum (1), Musée du Louvre (2))
1. 2.
Figurine féminine représentée nue, assise, les bras repliés autour des seins, dans une position évocatrice de l'enfantement. Des lignes de peinture brune barrent le corps. Tandis que la tête est à peine ébauchée, que les mains et les pieds sont absents, les attributs de la féminité, que sont les hanches et les seins, apparaissent en revanche fortement marqués. La mise en avant de ces caractères évoque clairement la représentation d'un principe de fécondité sous les traits de la figure féminine de la "déesse-mère". Garante du renouvellement régulier de la vie, celle-ci ne pouvait que jouer un rôle majeur dans une société désormais fondée sur la production de ressources naturelles.
 
Reconstitution de maisons de Halaf (-5400/-4500 ans)
 

2. Epoque d'Obeid
 
De -5000 ans à -3750 ans :

La culture d' Obeid (ville du sud) s'étend sur toute la Mésopotamie. C'est lors de cette période que les fondements de la civilisation urbaine sont établis : larges courants d'échanges commerciaux et architecture monumentale à plan tripartite.
Habitat : les habitations sont de grands bâtiments dont les nombreuses pièces s'organisent sur le mode tripartite : deux appartements privés latéraux (vraisemblablement deux couples de générations différentes) et un hall central communautaire. Les maisons comportent une terrasse, l'extérieur est décoré de niches et redans. Le site d'Eridu est le plus important. On y trouve un cimetière proto historique (hors de l'agglomération) et un "palais".
Artisanat : grande production de très belles poteries à Suse (sur le site de Tepe-Sialk). Les progrès sont rapides grâce à l'invention du tour qui permet de multiplier les formes et d'obtenir une pâte fine. Les pots sont recouverts d'une peinture noire ou blanche. Développement de la métallurgie du cuivre réservée à l'élite à Suse : miroirs ronds.
Art
: apparition de statuettes représentant des hommes avec les bras repliés, en signe de prière. A Tepe-gawra, on voit apparaître la glyptique (sceaux et cachets) avec des représentations du "maître des animaux" domptant des animaux. Les figurines trouvées à Ur ont les attributs féminins très marqués et le visage ébauché avec une indication de chevelure avec du bitume.
Préfiguration d'un motif fréquent à Suse : le "roi-prétre".
 
Figurine féminine d'Obeid (-4700/-4200 ans, Terre cuite peinte, Tello, Irak, 6,2 cm x 3,3 cm, Musée du Louvre)
 
Sceau aux quadrupèdes (-4500/-3600 ans, Chlorite, 3 cm, Metropolitan Museum of Art New York)
 
Figurine d'une femme enceinte ou la "Vénus Beersheba" (-4500/-3500 ans, Ivoire d'hippopotame, 12 cm, Beersheba, Israel, The Israel Museum)
 
Céramiques peintes d'Obeid (-4200/-3700 ans, Ur, Irak, British Museum)
 
Coupe avec représentation humaine
(-4200/-3800 ans, Terre cuite peinte en brun, 10,6 cm x: 22,3 cm, Suse, Iran, Musée du Louvre)
Représentation très stylisée d'"animaux-peignes", trois oiseaux, un scorpion, des canaux d'irrigation et des emblèmes en forme de bêche.Le personnage masculin au corps très géométrique est, avec ses bras écartés, dans la position d'un Maître des Animaux. Il personnifie peut-être un génie qui règne sur l'agriculture et l'élevage. Dans ce monde qui produit la vie, la mort n'est pas absente puisqu'un scorpion apparaît pour la donner.

 

Boisseau à décor d’échassiers, de chiens et de bouquetins (-4200/-3500 ans, Suse, Iran, Terre cuite peinte, 28,9 cm, Musée du Louvre)

Ce boisseau appartient à un mobilier funéraire déposé dans les sépultures. Il servait de réceptacle aux os du défunt. Les grands boisseaux contenaient les os longs et les coupes contenaient les os ronds.
Frise d'animaux typiquement orientale : traits fins, chiens du désert, échassiers
Forme à la fois figurative et abstraite (stylisation) du bouquetin.
 

Mouflon (-4200/-3800 ans, Suse, Iran, 5,90 cm x: 6,50 cm, Musée du Louvre)

 
Figurine représentant la Déesse Mère (-4000 ans, Terre cuite, Ur, Irak)
 
Reconstitution d'une habitation (1) et du temple d'Eridu (2) (-4000/-3500 ans, Eridu, Irak)
1. 2.
 

3. Epoque d'Uruk
 
De -3750 ans à -2900 ans :

Habitat : naissance de la première ville. Le site d'Uruk au sud de la mésopotomie (sud de l'Irak) est le plus important centre urbain de cette période à l’échelle mondiale. Il a toutes les caractéristiques d'une ville : existence d'un urbanisme avec des quartiers (un quartier dédié à la déesse Inanna et un autre dédié à Anu, dieu du ciel), des rues, des habitations du "roi-prétre", des habitations résidentielles, des zones artisanales. La ville était probablement fortifiée, et disposait d’une architecture monumentale imposante. Les murs des temples sont parfois peints, ou bien décorés avec des cônes d’argile peints formant une mosaïque.
Outils : apparition de la roue, la voile, le tour du potier, l’araire et l’utilisation de la brique cuite et du bitume en architecture.
Artisanat : dévelopement d`une céramique au tour, de plus en plus utilitaire et produite en grande quantité. Le modèle le plus répandu de cette époque est celui des "bols à bords biseautés" qui se retrouve dans toute la zone d’expansion de la civilisation d’Uruk. Pour les banquets funéraires ou liturgiques on disposait même de vaisselle jetable.
Développement de la glyptique avec l'apparition de sceaux cylindres (scènes de la vie quotidienne, ou de chasse, de guerre, d'autres scènes représentent des animaux, parfois dans des attitudes humaines, scènes mythologiques) et de moyens comptables avec les boules à calculi et les tablettes numérales.
Art : développement de la sculpture sur pierre avec des statues en ronde bosse de petite taille, représentant des divinités ou bien un "roi-prêtre", bas-reliefs, stèles, jarres, vases, coupes, abreuvoirs, plaques murales aux scènes pastorales.
Ecriture : vers -3300, invention de l'écriture pictographique et idéographique (opérations administratives et comptables, listes systématisées de caractères). Les pictogrammes sont des dessins facilement compréhensibles figurant des objets, des végétaux, des éléments de la nature, des parties de corps d’homme et d’animaux. On connaît aujourd’hui quelque 1500 signes pictographiques. Les pictogrammes sont remplacés pour des raisons techniques par des idéogrammes imprimés sur l’argile par le calame. L’utilisation de segments de droites en forme de coin fait perdre au dessin son réalisme primitif pour déboucher sur l’abstraction. L'écriture deviendra ensuite phonétique.
 
Calice à décor de léopards (-3800/-3000 ans, Céramique peinte, 28 cm x 29 cm, Tepe Sialk, Iran, Musée du Louvre)

Céramique peinte (-3500 ans, Tepe Sialk, Iran, Musée de Téhéran (1), Metropolitan Museum of Art de New York (2))
1. 2.
Contraste entre le fond clair et les motifs géométriques sombres. Stylisation de l'animal
 
Détail d'un mur du Temple d'Inanna (-3500 ans, Uruk, Irak)
Murs décorés par des cônes de différentes couleurs (rouge, noir, blanc, gris) plantés dans le mur et formant ainsi un sorte de mosaïque de couleurs créant des motifs géométriques.
 

Personnage masculin (-3500 ans, Ivoire d'hippopotame, 24,8 cm x: 47 cm, Beersheba, Israel, Musée du Louvre)

 
Pichet avec animaux en relief (-3500/-3200 ans, Pierre, 21.5 cm, Uruk, Irak, Musée de Bagdad)
 
Statue du roi-prêtre (-3300 ans, Albâtre, 18 cm, Uruk, Irak, Musée de Bagdad)
 

Statuette de roi-prêtre
(-3300 ans, Calcaire, 30 cm, Uruk, Irak, Musée du Louvre)

Le port de la barbe en collier et celui du bonnet rond à large bord caractérisent traditionnellement l'appelation "roi-prêtre".
Le vase aux eaux jaillissantes (symbole de fertilité) est un thème récurrent en Orient.

Orant (-3300 ans, Albâtre, Suse, Iran, 11,5 cm, Musée du Louvre)
 
Stèle au roi-prêtre chassant le lion (-3300/-3000 ans, Diorite noire, 80 cm, Uruk, Irak, Musée de Bagdad)
 
Fragment d'un bol avec une frise en relief de taureaux (-3300/-2900 ans, Steatite, chlorite, 9.5 cm x 11.7 cm, Uruk, Irak, Metropolitan Museum of Art de New York)
 
Le vase de Warka (-3300/-3000 ans, Albâtre, Uruk, Irak, Musée de Bagdad)
Warka est également le nom d'Uruk
 
Pendeloque en forme de chien
(-3300/-3100 ans, 15 cm x 14 cm, Or, Suse, Iran, Musée du Louvre)
Boule à Calculis (-3300 ans, Argile légèrement cuite, 6,5 cm, Musée du Louvre)
Les calculi sont des petits jetons de terre cuite de formes et de tailles différentes selon leur valeur.
Ces jetons impriment des petites marques (trous) sur une boule creuse en argile dans laquelle ils sont ensuite emprisonnés. La valeur des marchandises transportées est donc à la fois écrite sur la boule et correspond au nombre de calculi présents dans la boule. Cela permet de vérifier que les transactions commerciales sont exactes une fois les marchandises arrivées à destination.
Mais ce contrôle ne peut se faire qu'une fois, lorsque la boule est cassée.
Tablette d'argile portant des pictogrammes (-3300 ans, Musée du Louvre)
La boule « s’aplatit » et devient une tablette sur laquelle sont gravés des pictogrammes représentant la nature de la marchandise : épis de blé, animaux, …
 
Sceau-cylindre du roi-prêtre (-3200 ans, Uruk, Irak, Musée du Louvre)
Ces cylindres en pierre mesurent 3 à 6 cm de diamètres gravés. En les roulant sur des tables d'argile, ils reproduisent des images (avant l'écriture) : bétail (marque de propriété), représentation des dieux, de combats…
En raison de la carence de pierres dans la région de Mésopotamie, l'usage des pierres est très limité.
 
Taureau à genoux portant un vase (-3100/-2900 ans, Argent, 16.3 cm, Iran, Metropolitan Museum of Art de New York)
 
La dame de Warka (-3000 ans, masque en marbre transparent, 20 cm, Uruk, Irak, Musée de Bagdad)
Arcade sourcilière creuse ou remplie de pierre ou de plomb. Yeux creux où devaient se loger des pierres ou coquillages (Lapis-lazulis)
 
Représentation du Temple sur terrasse dédié au dieu du Ciel An (-3000 ans, 22,30 m x 17,50 m, Uruk, Irak)
 
Représentation du Temple dédié à la déesse Inanna (-3000 ans, Uruk, Irak)
 

4. Epoque Sumérienne
 
-2900 ans à -2340 ans :


-2900 ans : Dynastie archaïque I, règne des premières dynastie de Kish, d’Uruk (Meskiangasher, Enmerkar, Lugalbanda, Dumuzi, Gilgamesh), et d’Ur qui dominent Sumer.
La sécheresse croissante provoque une forte émigration et le gonflement des cités sumériennes. Ur s’étend sur 50 hectares, Uruk sur 400 et Lagash sur 500 (populations de 10 000 à plus de 50 000 habitants). Pour pallier la raréfaction des cours d’eau naturels, on doit creuser des canaux, avec l’effort collectif que cela implique. L’autorité des prêtres qui dirigent ces grands travaux est renforcée. La diminution des surfaces cultivables accentue les différences sociales. Les villes se protègent de puissantes murailles, témoins des conflits. Les chefs religieux se doublent de chefs militaires. La société se diversifie, se structure et se hiérarchise.
-2750 ans : Dynastie archaïque II, domination de Kish en Mésopotamie.
-2600 ans : Dynastie archaïque III. Domination de la Première dynastie d’Ur, puis de de Lagash. Cette période dynastique archaïque est marquée par la lutte entre les differentes cités de Sumer pour l'hégémonie. Elle se termine avec l'unification de la Mésopotamie par Sargon d'Akkad.


Politique
: régime politique de la cité-État dont le "souverain" est appelé "Lugal" (roi ou grand homme) ou "Ensi" (gouverneur subordonné au dieu tutélaire de la cité). Le gouverneur agit au nom des Dieux, selon leur volonté, pour leur bien car en Mésopotamie, les hommes sont sur Terre pour servir les Dieux. Les premières cités-États sont Ur, Lagash, Uruk, Umma, Eridu au sud, constituant le pays de Sumer, peuplé en majorité de Sumériens et Nippur, Kish, Akshak, Adab, Shuruppak au nord, formant le pays d'Akkad peuplé en majorité d'Akkadiens. Les courants commerciaux s'intensifient et la voie maritime prend de plus en plus d'importance. La palais est le lieu de résidence du gouvernement de la cité-Etat, constitué du bâtiment mais aussi de domaines, et d'un ensemble de personnes travaillant pour le roi : conseillers, fonctionnaires, serviteurs, artisans... Le palais est un agent économique important, qui peut entreprendre des opérations commerciales importantes, portant le plus souvent sur des produits rares en Mésopotamie. Il formait son budget avec le revenu de ses terres, des impôts et prélèvements (surtout venant des temples). Il avait de plus le droit de demander des corvées, et de réquisitionner de nombreux ouvriers pour accomplir des grands travaux. Certains rois ont disposé de grandes richesses, tels les souverains d'Ur dont on a retrouvé les somptueux tombeaux.
Habitat : apparition de la brique plan-convexe (une face plate, l'autre bombée) dont les rangées disposées en chevrons permettant une grande rapidité de mise en place. Disparition des temples de plan tripartite remplacés par des sanctuaires en forme de bâtiments à cour centrale entourée de pièces (Khafaje, Lagash).
Artisanat : Céramique non-peinte rouge et noire pour des vases ventrus aux décors schématiques d'animaux. Travail du cuivre, moulage du bronze à la cire perdue.
Art : statues des grands personnages de la cité en position d’orants, stèles perpétuent le souvenir d'un événement guerrier.
Religion : la religion sumérienne a influencé l'ensemble de la Mésopotamie pendant près de 3000 ans. Elle est une composante très importante de la vie, privée comme publique. La religion sumérienne est caractérisée par son polythéisme et son syncrétisme. La cité de Nippur est la capitale religieuse de Sumer (dieu Enlil). Le temple est la demeure terrestre du Dieu. Son image, représentée par une statue dans le temple assurait sa présence. Ce lieu était donc sacré. Le temple n’était pas destiné au rassemblement des fidèles. Le clergé qui y officiait assurait le service du Dieu (servir le Dieu au quotidien, assurer ses repas sous toutes ses formes, y compris celle du sacrifice sanglant, le vêtir, le sortir lors de certaines fêtes), avec le concours occasionnel du roi, le premier prêtre du royaume. A la tête du secteur religieux du temple se trouve le grand-prêtre ("En"). En plus de cette fonction religieuse, le temple avait une fonction économique déterminante : il encadrait les classes laborieuses dans leur travail. Il était le plus grand propriétaire terrien, et un agent important du commerce. On voit ainsi que, parallèlement au système administratif dirigé par l'Ensi s'était développé un autre système dépendant du temple. Mais le pouvoir du souverain de la cité primait sur celui du temple.

Dieux Sumériens :

Son panthéon compte une grande variété de dieux structurés en une hiérarchie stricte, calquée sur la société humaine.
Au sommet se trouve la Déesse de la Mer Primoridale (Nammu) qui donne naissance à la Montagne Cosmique. Celle-ci est constituée de An (dieu du ciel, masculin) et Ki (déeese de la terre, féminin), qui sont encore mélangés à ce moment là. Ils donnent naissance (par union) à Enlil (dieu du vent), qui séparera les parents. An part avec le ciel vers le haut, et Enlil avec sa mère la Terre vers le bas. L’union d’Enlil et de sa mère la Terre est à l’origine de l’univers organisé.
La "Divine Triade" est constituée de :
- Dieu du ciel (An ou Anu dans le panthéon assyro-babylonien) qui règne par excellence
- Seigneur du vent et de l'atmosphère (Enlil ou Ellil dans le panthéon assyro-babylonien), divinité de la terre ferme
- Dieu des eaux (Enki ou Ea dans le panthéon assyro-babylonien) dont la ville sainte est Eridu
Dès -2500, An l'ancien dieu suprême est remplacé par Enlil. Il
devient la divinité la plus importante du panthéon sumérien. Il est bienfaisant, responsable du plan de l’univers. Il fait se lever le jour, prend les humains en pitié, et est lié à divers aspects de l’agriculture.
A cette triade s'ajoute la Déesse de la terre (Ki ou Ninhursag dans le panthéon assyro-babylonien).
Sous cette triade se trouvent les divinités astrales :
- Déesse de la lune (Nanna ou Sin dans le panthéon assyro-babylonien)
- Dieu du soleil (Utu Babba ou Shamash dans le panthéon assyro-babylonien)
- Déesse de Vénus (Inanna ou Ishtar dans le panthéon assyro-babylonien)
Puis on trouve les dieux infernaux (Dieu des enfers : Nergal) et les dieux guerriers, les dieux de la nature et les dieux guérisseurs, les dieux d'instruments (pioche, moule à briques, etc.) et enfin les esprits et autres démons.
Les dieux aident les souverains dans leur entreprise. Les dieux créateurs et les dieux astraux décrètent les destins.
L’amour entre les dieux était la source de toute vie sur terre, et les poètes sumériens le décrivaient de façon très explicite. C’est évidemment Inanna qui inspire les images les plus érotiques.

Naissance et mort de l'homme :

Les hommes furent conçus pour servir les dieux. Dans un univers aussi fortement théocentrique, l’homme ne pouvait occuper qu’une place modeste. Il existe différentes versions :
- L’homme fut formé du sang de deux dieux immolés.
- L’homme est pétri d
ans de l’argile : les dieux ont du mal à se procurer leur nourriture. Pour faire face à ce problème, Enki, sous l’instruction de sa mère, fait pétrir les hommes, à l’image des dieux, dans de l’argile.
Après sa mort, l’homme n’est plus qu’une ombre impuissante errant dans les ténèbres lugubres des Enfers, où la vie n’est qu’un misérable reflet de la vie terrestre. Ces enfers s’appellent Kur, c’est l’espace vide qui sépare l’écorce terrestre de la Mer primordiale. Les ombres des hommes y arrivent après avoir traversé un fleuve dans une barque, sous la conduite d’un homme.

Age d'or, déluge et âge héroïque :

A l'âge d'or, l’humanité connaissait l’abondance et la paix et adorait Enlil. On n’y souffrait de nulle maladie, de nulle mort. Les humains y auraient parlé la même langue. Les rois régnaient alors depuis des dizaines de milliers d'années, et auprès des dieux. La royauté à d'abord appartenu à Eridu, puis à d'autres cités dont Shuruppak où selon la tradition s'est produit le déluge. La chute aurait été causée par le caprice d’Enki, gêné dans son sommeil par le tumulte des hommes.
Après le déluge, la vie des hommes est raccourcie par les dieux, et ils sont rendus plus vulnérables. Les règnes se raccourcissent au fur-et-à mesure que le temps passe. C'est l'âge héroïque, dont l'apogée se situe vers -3000/-2750 ans, où règnent des demi-dieux ayant accomplis des exploits remarquables, comme Gilgamesh le grand roi d'Uruk.

Epopée de Gilgamesh :

Gilgamesh est dur et intransigeant. À la demande de ses sujets, la déesse Anunu lui confectionne avec de l’argile un double hirsute mais bon, Enkidu, qu’il rencontre en duel. Au terme du combat, tous deux comprennent leur complémentarité et s’allient pour accomplir de grands exploits. Mais Enkidu meurt et Gilgamesh, au comble de la tristesse, part à la recherche du secret de l'immortalité auprès d’Uta-Napishtim, qui lui fait l’étrange récit d’un déluge. Au moment de partir il lui révèle l'existence d'une plante de jouvence. À peine Gilgamesh a-t-il pu se procurer la plante qu’il se la fait dérober par un serpent et comprend qu’il n’est pas dans la nature de l’homme de vivre immortel. Une telle quête est vaine et l’on doit profiter des plaisirs qu’offre la vie présente.

 
Dieu des eaux (Enki ou Ea dans le panthéon assyro-babylonien)
   
Déesse de la terre (Ki ou Ninhursag dans le panthéon assyro-babylonien)
   
Dieu du soleil (Utu Babba ou Shamash dans le panthéon assyro-babylonien)
Dieu de de la justice, il est représenté par le Soleil et symbolisé par un disque solaire. On le considérait comme le dieu de la justice, car de sa position dans le ciel il pouvait voir tout ce qui se passait sur la terre. C'est probablement pour la même raison qu'on le considérait aussi comme le dieu qui connaissait l'avenir et qui pouvait le révéler à l'humanité au moyen des entrailles d'un mouton sacrifié. Ce rôle l'impliquait directement dans les décisions politiques et sociales prises par les rois. Il dicte lui-même aux rois les lois équitables. Son symbole est un disque orné d'une étoile à quatre branches séparées par des faisceaux de rayons ondulés. Il est caractérisé sur des monuments et des cylindres par des flammes qui s'élèvent au-dessus de ses épaules. La légende dit qu'il épousa "Ishtar" (Innana) sa soeur.
   
Déesse de Vénus (Inanna ou Ishtar dans le panthéon assyro-babylonien)

Pour les Sumériens : elle est la reine des cieux, étant symbolisée par une étoile dans un cercle, par la planète Vénus et représentée avec un arc, une flèche et un lion. Inanna était avant tout renommée pour être la déesse de la liberté et de l'indépendance personnelle, sans oublier bien sûr son titre de déesse de l'amour. Elle était la déesse des "immigrants" qui se rendaient à Babylone. Selon un certain nombre d'historiens instruit du contenu de tablettes cunéiformes Sumérienne, elle n'avait jamais été mariée, n'avait jamais conçu d'enfant et ne pouvait prétendre être une "déesse mère" d'où serait issu le culte marial mais plutôt la promotrice de toutes les formes de sexualité, incluant toutes les perversités possibles.
Pour les Babyloniens : elle est la divinité féminine la plus importante (son nom vint à signifier simplement "déesse") du panthéon assyro-babylonien. Elle symbolise la guerre et l'amour. Elle est représentée par une moitié de porte en roseaux. Elle manifeste son attachement à sa cité Babylone : elle dérobe à Enki les décrets divins qui font de sa ville la première du monde (elle protège donc logiquement contre les attaques étrangères). Parce qu'elle était la déesse principale vénérée à Babylone, Ishtar était la déesse des prostituées et un temple lui était dédié à ce titre. Ce statut de prostituée "sacrée" la distingue de la déesse Sémiramis dont le culte apparenté est plus directement lié à celui d'une "Vierge à l'enfant". Avoir des relations sexuelles avec une prêtresse de ce temple permettait d'être lavé de tout péché et le "pénitent" devait alors s'acquitter d'un don.
Pour les Assyriens : elle revêtait deux visages bien différent. Elle était d'abord la déesse de l'amour et du sexe sans être cependant ni la patronne du mariage ni la déesse-mère. Sa personnalité a vraisemblablement absorbé d'autres déesses. Elle incarne la femme par excellence : belle, voluptueuse mais aussi versatile, perfide et sujette à la colère. Ses amants sont sans nombre, demi-dieux comme Dumuzi ou simples mortels qu'elle séduit avant de les rejeter aux Enfers en les transformant en animaux répugnants. Elle disposait de deux sanctuaires très renommés, celui d'Arbèles et surtout celui de Ninive. Elle était ensuite la déesse de la guerre, qui assistait le roi et marchait à ses côtés. Cet aspect belliqueux lui vaut d'être représentée debout sur un lion ou une lionne brandissant un poignard à lame courbe (harpè).
Les Grecs l'assimileront à Aphrodite, les romains à Vénus. Ishtar est aussi connue sous le nom Biblique d' "Astarté" (étoile) la divinité féminine principale des Phéniciens adorée pour la guerre et la fertilité. La "statue de la liberté" à New-York est une représentation moderne d'Ishtar : la déesse des immigrants qui se rendent à Babylone.

   
Déesse de la lune (Nanna ou Sin dans le panthéon assyro-babylonien)
Père de Utu Babba et Inanna, il mesure le temps et c'est à lui de faire se terminer dans les soupirs et dans les larmes les jours, les mois et les années des rois coupables. Son symbole est le croissant lunaire. Ses villes saintes étaient Ur.
 
Reconstitution du temple du dieu Enlil (-2800 ans, Nippur, Irak)
La cité de Nippur (160 km au sud-est de Bagdad), où réside le dieu principal de la religion, Enlil, est de ce fait considéré comme une ville sainte, la capitale religieuse de Sumer, centre du "pays" (et elle est effectivement située entre Sumer et Akkad). Nippur est le site qui a livré le plus de tablettes cunéiformes : on en dénombre 30000.
 
Orants (-2700 ans,
Albâtre, 14,5 cm, Suse, Iran, Musée du Louvre (1) ;
Pierre noire, 43 cm, Khafaje, Irak, Musée de Bagdad (2) ;
Gypse, bitume, nacre, calcaire, 72 cm et 59 cm, Tell Asmar, Musée de Bagdad (3))


1. 2. 3.

Les orants étaient déposés dans les temples, ils représentaient leurs propriétaires. Ce couple (3) devait certainement se trouver devant la statue d'une divinité, celle du dieu Abu, dieu de l'écriture.

 
Reconstitution du temple ovale de Khafaje (-2700/-2600 ans, Khafaje, Irak)
A l’intérieur d’une double enceinte ovale de 100 m sur 70, pourvue d’un bloc d’habitation et de dépendances, s’élève une terrasse qui supportait sans doute un temple.
Les tombes royales d'Ur :

Les tombes royales ont livré de nombreux objets précieux : vaisselle de luxe, armes finement réalisées, char de trait, colliers, coiffes et autres objets divers. Ces objets étaient réalisés en cornaline (silice translucide cristallisée rouge-orangé), or, argent, lapis-lazulis (pierre fine d'un bleu azur) grâce à des techniques d'orfèvrerie élaborées : filigranne (fil soudé), repoussé (feuille en relief) et granulation (grain). Autour des défunts s’entassent également tout un peuple de serviteurs et de valets, victimes probables d’un suicide collectif, et enfin des animaux de trait.
 
Lyre (-2600 ans, bois, or, lapis-lazuli, Ur, Irak, Musée de Bagdad)
Cette lyre est un des plus anciens instruments de musique. Elle est décorée d'une tête de taureau incrustée d'une plaque représentant des animaux mythiques : bélier debout sur l'arbre de vie, affrontement de deux animaux (thème récurrent en Orient). Les personnages peuvent être mi-hommes, mi-animaux (idée de fabuleux).
 
Bouquetin agrippé à un buisson (-2600 ans, 42 cm, bois plaqué d'or, lapis-lazuli, argent, nacre, Ur, Irak, Musée de Bagdad) et Colliers de longues perles (-2600 ans, Ur, Irak, Musée de Bagdad)
Coiffes (-2600 ans, or, Ur, Irak, Musée de Bagdad)
Représentation du chignon et des bouclettes
 
Casque d'apparat (-2600 ans, Or, Ur, Irak, Musée de Bagdad) et
Tête de taureau
(-2600 ans,
Cuivre, Ur, Irak, Musée de Bagdad)
 

L'étendard d'Ur (-2550 ans, Mosaïque de coquille, nacre, lapis-lazuli, calcaire rouge, bitume, 20 cm x 47 cm, Ur, Irak, British Museum)


Pupitre sur le thème de la guerre et la paix :
Dans la partie consacrée à la guerre (face recto) : chars à 4 roues, vêtements de laine de mouton, personnages animés (grands yeux). Les ennemis gisent au sol, les prisonniers défilent et paient le tribut. Le roi est représenté en grand pour marquer son importance.
Dans la partie consacrée à la paix (face verso) : représentation de la hiérarchie sociale (les hommes de pouvoir sont grands et assis), sacrifice d'animaux après la guerre, des personnages portent des sacs et conduisant des bêtes, signe de l'opulence du royaume. Cette mosaïque est propagandiste pour le souverain.
 
Figurine débout du Dieu du vent Enlil (-2550 ans, Pierre, 27,5 cm, Musée de Bagdad)
 
Statue d'Ur-Nanshe (-2520 ans, Mari, Syrie, Musée de Damas)
Geste de la prière, assis sur un couffin en osier. On trouve le nom du commanditaire sur le dos de la statue.
 
Relief d'Ur-Nanshe, roi de Lagash
(-2550/-2500 ans, Calcaire, 40 cm x 47 cm, Tello, Irak, Musée du Louvre)
Commémoration des constructions du roi Ur-Nanshe ici représenté comme un ouvrier-bâtisseur, portant le couffin à briques devant sa famille, puis assis pour banqueter.
Ur-Nanshe, fondateur de la dynastie de Lagash, se consacra à bâtir, restaurer et embellir de nombreux temples, s’assurant ainsi de l’immuable gratitude des dieux. Il se met en scène, non pas en guerrier mais en pieux et fidèle roi-bâtisseur, participant physiquement à l’élaboration des édifices. Sur le relief est mentionné la lointaine provenance du bois utilisé, soulignant le souci du monarque de célébrer les divinités avec des matériaux rares, fournis par de fréquents échanges internationaux. La prospérité de l’époque est effectivement liée à un commerce intense avec le Golfe, l’Inde et les pays montagnards.
 
Tablette d'argile portant des nombres en écriture cunéiforme (-2500 ans)
L'écriture pictographique évolue vers une forme simplifiée, dite cunéiforme.
Stèle des Vautours (-2400 ans, Tello, Iraq, Calcaire, 180 cm x 130 cm, Musée du Louvre)
La stèle comporte deux faces : historique et mythologique.
- La face historique illustre le combat victorieux du souverain de Lagash à la tête de ses troupes : l'armée piétine les ennemis, dévorés par les vautours. Le souverain a l'épaule dénudée avec un habit de laine, les soldats portent le casque. Les soldats tués au combat sont enterrés (représentation des ouvriers qui portent des sacs de pierre et de sable et construisent des sépultures).
- La face "mythologique" évoque la dimension religieuse de la victoire obtenue grâce à la protection du dieu Ningirsu (il retient prisonniers les Elamites. Le dieu représente sans doute le prince Eannatum qui vainquit l'Elam, mais aussi Ur, Uruk et Mari).
Ainsi, pour la première fois dans l’iconographie, les thématiques profane et religieuse sont clairement distinguées. Il s’agit là du plus ancien bas-relief narratif historique connu.
 
Statue d'Ebih-Il (-2400 ans, Albâtre, coquille, lapis-lazuli, bitume, 52,5 cm, Mari, Syrie, Musée du Louvre)
Cet orant aux yeux énormes et hypnotiques prie pour la déesse Ishtar.
 

5. Epoque Akkadienne
De -2340 ans à -2150 ans :

-2340 ans : règne de Sargon d'Akkad (premier roi de la dynastie d'Akkad). Il fonde l'empire d'Akkad (ou Agadé) en unissant les villes du nord et en soumettant les Sumériens (au sud), leurs voisins de l'Elam et toutes les grandes cités comme Mari (en contrôlant notamment les voies d'eau jusqu'au Golfe Persique). Il devient le premier "unificateur" de toute la Mésopotamie. Sa supériorité militaire se fondait sur une nouvelle tactique de guerre de mouvement avec javelots, arcs et flèches contre la lente et lourde phalange sumérienne aux longues lances et aux grands boucliers.
Entre Kish et Babilim (la future Babylone), il fit construire sa "nouvelle capitale royale Agadé" avec son immense palais et ses doubles remparts de fortifications, de nombreux temples, le principal étant voué à Ishtar, le déesse protectrice de la dynastie d'Akkad. Comme cette ville se situe sur l'ancien tracé de l'Euphrate, il fit agrandir le port afin de pouvoir y accueillir tous les navires de l'époque en provenance du Golfe Persique.
-2279 ans : règne de son fils Rimush, puis Manishtushu en -2270. Ce dernier conquit les rives du golfe arabo/persique et les villes qui s'étendent du Qatar jusqu'au pays d'Oman en Arabie.

-2254 ans : règne de Naram-Sin qui se fit appeler "le dieu d' Agadé" et "Roi des Quatre Régions"(c'est-à-dire de tout le monde connu), ce qui traduit une ambition de domination universelle, jusqu'alors absente de l'idéologie royale mésopotamienne. Il ordonna de faire précéder son nom sur les tablettes du signe de l'étoile (signe distinctif des dieux) et dans les représentations, il porte la tiare à cornes, attribut des dieux : le roi est donc d'une essence divine.

-2193 ans : le royaume sombra dans l'anarchie et pour 91 années les envahissseurs Gutis devinrent les maîtres du pays.

Politique : Sargon élimine le système des cités-États et instaure pour la première fois dans l'histoire du Proche-Orient un véritable grand empire : les anciens dynastes des cités-États mésopotamiennes sont remplacés par des gouverneurs, acquis à la cause de la dynastie d'Akkad ; les régions soumises perdent leur indépendance. Ce nouvel empire entraîne un grand changement dans la conception de la fonction du souverain. Auparavant lié au cadre de la cité-État, celui-ci avait un rôle limité. Avec la constitution d'un vaste empire sous la dynastie d'Akkad, le souverain prend une nouvelle dimension : universelle et divine, particulièrement sous le règne de Naram-Sin.
Cependant, l'expérience pour administrer un si grand ensemble manque, l'empire d'Akkad semble sous-administré, ce qui explique en partie pourquoi il s'est si vite affondré après la fin des grandes conquêtes.
Art : Sargon d'Akkad modifie l'art en donnant une plus large part à l'individualité, plus de détail et de réalité dans les représentations. La sculpture est surtout représentée par des stèles de victoire et des sculptures fabriquées en série au profit d'une propagande vantant les mérites du roi et de son régime. Seule la stèle de Naram-Sin est restée intacte.
L ’exploitation des carrières de chlorite verte ou noire et de la diorite à Oman suscita l’essor d’un art qui jouit d’une extrême faveur en Mésopotamie. Les sceaux-cylindres akkadiens traitent de récits mythologiques, mettant en scène les aventures des divinités sémites : Shamash (Soleil), Sin (Lune), Ishtar (Amour et Guerre). Les graveurs akkadiens ont cependant continué à représenter les exploits des héros Gilgamesh et Enkidou et les combats de fauves qui demeureront les thèmes de prédilection du Moyen-Orient à toutes les époques.
 
L'Empire Akkadien (-2340/-2150 ans)
 
Tête de Sargon (-2340 ans, Ninive, Irak)
 
Stèle de victoire fragmentaire de Sargon d'Akkad (1) (-2340/-2279 ans, Diorite, 46,20 cm x 35 cm, Sippar, Irak, Musée du Louvre) et Stèle des esclaves (2)
1. 2.
Un guerrier d'Akkad, l'arme sur l'épaule, pousse devant lui les ennemis faits prisonniers au cours de la bataille. Le modelé sculptural des corps nus prouve les nouvelles recherches tendant vers plus de naturalisme, ce qui est la marque de l'art de cette époque. Sargon inaugura un art officiel dont la victoire royale était le thème favori, celui-ci s'illustrant sur des stèles exécutées en série dans les ateliers royaux. Ces monuments, en forme de gros blocs légèrement pyramidaux, étaient déposés dans les temples des principales villes de l'empire. Ces roches étaient importées de très loin, ce qui rehaussait leur prestige et conférait encore plus de valeur au monument.
Stèle de Naram Sin (-2250 ans, 2 mètres, retrouvée à Suse, Iran, Musée du Louvre)
L'œuvre est narrative : il monte dans la montagne après avoir terrassé ses ennemis. Symboliquement, il monte vers la victoire et entre en contact avec les dieux représentés par des étoiles.
Naram-Sin semble avoir été le premier souverain à associer le signe divin (l’étoile) à son nom et à se coiffer de la tiare à corne divine. De même, on l'appelle « dieu d'Akkad » et on prête serment par son nom. Ces pratiques, par leur côté sacrilège, contribuent sans doute à sa mauvaise renommée. Mais il s’agit d’une conception nouvelle du pouvoir royal.
 
Vase Akkadien (-2250 ans)
 
Sceau-cylindre (-2250 ans, Pierre, Musée du Louvre)
Représentation du dieu des eaux Enki (Ea) et son vizir biséphale Usmu et ses acolytes.
 
Sceau-cylindre d'Ibni-sharrum et son empreinte (-2217/-2193 ans, Serpentine, 3,9 cm x 2,6 cm, Musée du Louvre)
Ce sceau, qui appartenait à Ibni-sharrum, scribe du roi Sharkali-sharri, fils et successeur de Naram-sin est l'un des exemples les plus significatifs de la perfection atteinte par les graveurs à l'époque d'Agadé. Deux héros nus et chevelus, strictement symétriques, sont représentés à demi agenouillés. Chacun d'eux tient un vase aux eaux jaillissantes, tel un symbole de fertilité et d'abondance ; c'est aussi l'attribut du dieu des flots, Enki-Ea. Deux buffles viennent s'y abreuver.
 
Sceau-cylindre (-2200 ans, Jade néphrite, Akkad, Irak)
Représentation du dieu des eaux Enki (Ea) et son vizir bicéphale Usmu. Devant lui le dieu-soleil Shamash émerge de la montagne avec Ishtar à sa gauche.
 

6. Epoque Néo-Sumérienne
 
-2150 ans à -2000 ans :

-2150 ans : les Sumériens profitant d'une attaque des montagnards Gutis contre les Akkadiens (Agadé) reprennent le pouvoir. -2141 ans : règne du roi-prêtre Gudea à Lagash. Il fait construire une vingtaine de temples à Ur, Nippur, Adab, Uruk et Bad-Tibira. Le plus important est celui de Girsu.
-2112 ans : règne d'Ur-Nammu qui fonde la 3ème dynastie d'Ur, ultime renaissance de la civilisation sumérienne. Ur-Nammu, se fait couronner "roi d’Ur, roi de Sumer et d’Akkad" et rétablit l’ordre et la prospérité sur Sumer (-2108). Son autorité est fermement établie sur le pays sumérien, d’où proviennent toutes les inscriptions, mais il n’est pas certain qu’elle a dépassé Nippur vers le nord. Soucieux de justice, il promulgue le plus ancien code de lois connu : l’étalon monétaire (mine et sicle d’argent), les poids et mesures (silà) sont standardisés. La veuve et l’orphelin, les pauvres sont protégés. Les épouses le sont également contre leur renvoi pur et simple. Le viol de l’esclave d’un autre homme, le faux témoignage, la diffamation, les coups et blessures font l’objet d’une compensation en argent-metal.

-2000 ans : une vague d'envahisseurs Sémites et Elamites venus du Sud occupe une grande part de la Mésopotamie et fonde un vaste Empire qui s'étend de la côte de Syrie au Golfe Persique. C'est l'effondrement définitif de la puissance sumérienne et la destruction d'Ur.

Art : d'imposants édifices religieux en brique et comprenant des ziggourats sont construits à Ur, Eridu, Nippur et Uruk. Les statues de Gudéa montrent un plus grand souci de réalisme chez le sculpteur que chez ses prédécesseurs (visage arrondi et la musculature des bras et des épaules). D'autres sculptures et bas-reliefs sont tout à fait statiques, sauf celles de figures hybrides d'hommes-animaux. Les plus vivantes sont de petites plaques de terre cuite représentant des fidèles procédant à des sacrifices d'animaux, des héros légendaires, des musiciens et même une femme allaitant un enfant.
 
Reconstitution du temple Eninnu dédié au dieu Ningirsu (-2141/-2112 ans, Girsu, Irak)

Ningirsu est un divinité agraire : son symbole est la bêche. Il est le dieu tutélaire de l'état de Lagash, son temple principal se trouvant dans la ville de Girsu (Tello). En tant que divinité tutélaire de Lagash, il est considéré comme le véritable roi du royaume. Selon des inscriptions figurant sur des cylindres ou les statues de Gudea, la décision est prise suite une série de rêves dans lesquels Ningirsu — directement ou par le biais de sa sœur, Nanshe, interprète des rêves — réclame un temple à Gudea. Les inscriptions décrivent ensuite comment Gudea, après avoir fait régner la paix à Lagash, purifie la cité, délimite une enceinte sacrée et établit le plan du temple. Après avoir dessiné le moule à briques, il choisit une argile pure, purifie les fondations, fait la première brique, la porte sur sa tête et la pose. Puis les artisans, venus d’Élam et de Suse, poursuivent le chantier. On utilise les matériaux les plus précieux : cèdre, or, argent, porphyre, ce qui témoigne de la grande prospérité de la cité-État. En un an, l’Eninnu est achevé et Gudea peut clamer : « Le respect du temple emplit tout le pays ; la crainte qu’il impose habite l’étranger ; l’éclat de l’Enninu couvre l’univers comme un manteau ! »

 
Statues de Gudea (-2140 ans, pierre, 62 cm, Musée du Louvre)
C'est le prince "appelé" : il est toujours représenté de la même façon, en train de prier. Il porte un vase des eaux jaillissantes, il est le gardien de la fertilité. Son épaule est mise à nu et il porte un bonnet de laine rond. Le visage arrondi et la musculature des bras et des épaules montrent un plus grand souci de réalisme.
La dame à l'écharpe (-2140 ans, 17 cm, statuette en chlorite, Musée du Louvre)
Nombreux accessoires : vêtement en plusieurs couches. Elle prie.
 
Têtes d'homme (-2140/-2100 ans, Musée du Louvre)
 
Statuette de femme -
La femme à l'aryballe (1)
et Buste de femme (2) (-2140/- 2100 ans, Albâtre, Musée du Louvre)
1. 2.
 
Statuettes de taureau androcéphale (1) et Gobelet à libation de Gudea, prince de Lagash (2) (-2120 ans, Chlorite, Tello, Irak, Musée du Louvre)
1. 2.

 

Statue de la déesse Narundi (-2100 ans, Suse, Iran, Calcaire, 109 cm, Musée du Louvre)
Déposée dans un sanctuaire sur l’Acropole de Suse en Iran, la déesse Narundi a été assimilée à celle d’Inanna/Ishtar, déesse mésopotamienne de l’Amour et de la Guerre.
 
Stèle d’Ur-Nammu (-2100 ans, 3 mètres, Musée de Philadelphie)
Détail : la scène représente le roi faisant une libation devant le dieu-lune Nanna, divinité tutélaire de la ville d'Ur. Le dieu tient en main le bâton et le cercle, symboles de pouvoir, et peut-être un collier. On se servait pour les libation d'eau, de bière et de vin, d'huile ou du sang d'un animal sacrifié.
 
Ur-Nammu devant le dieu Shamash (-2100 ans, Pierre)
 
Ziggurat d'Ur (-2100/-2000 ans, 65 m x 43 mètres, Ur, Irak)
Construite sous le règne d'Ur Nammu, elle se dressait sur quatre étages, le dernier surmonté d'un temple du dieu lune Nanna.
 
Tête de dieu (1) et Femme à l'enfant (2) (-2100/-2000 ans, Terre cuite modelée, Musée du Louvre)
1. 2.
 
Figure d'Ur-Nammu le fondateur (-2100/-2000 ans, Bronze, 23,7 cm, Uruk, Iraq, British Museum)
Le roi est représenté portant un sac de terre servant à fabriquer des briques pour la construction du temple d'Uruk. L'inscription cunéiforme est une dédicace du roi à la déesse Inanna (Ishtar).
 
Lion couché (-2093/-2004 ans, Cornaline, Suse, Iran, Musée du Louvre)
 
 
Statue d'Inanna (Ishtar) (-2000 ans, 29 cm, statue en argile, Musée du Louvre)
Déesse de la fécondité (gros ventre, seins)

7. Epoque Babylonienne

-1894 ans à -900 ans :

Babylone (qui veut dire "Porte des Dieux" en akkadien) était un centre administratif pendant la 3ème dynastie d'Ur mais n'avait pas le prestige de ses voisines du Sud, comme Nippur.
-1894 ans : règne de Soumou-aboum, fondateur de la première dynastie amorrite de Babylone. Il s'installe à Babylone et prend le titre royal. Sa famille, qui régnera pendant 3 siècles, et sa tribu se laissent très vite assimiler par les citadins dont ils adoptent la vie sédentaire, le parler sémitique (le babylonien, variante locale de l’akkadien) et les cultes. Les Amorrites étaient un peuple nomade originaire des steppes de l'ouest de la Mésopotamie.
-1880 ans : règne de Soumou-la-El, fondateur du royaume babylonien, qui prend sous son règne une certaine importance.
-1812 ans : règne de Sin-mouballit qui agrandit le royaume. Babylone devient une puissance capable de rivaliser avec les grands royaumes amorrites voisins que sont Larsa, Eshnounna, Isin et Uruk.
-1793 ans : règne de Hammurabi. C'est sous son règne que Babylone devient la plus grande puissance politique de Mésopotamie. Il parvient à subjuguer les royaumes qui l'entourent : Larsa, Eshnunna, puis Mari et se désengage de la tutelle de l'Élam. La ville est alors capitale politique et religieuse, unique résidence du dieu Mardouk qui devient le roi des dieux du panthéon mésopotamien (glissement vers le monothéisme). Fils d'Ea et père de Nabu, Mardouk est représenté avec de larges oreilles, symbole d'un vaste entendement, et armé de l'arme coudée avec laquelle il a abattu Tiamat, le chaos, figuré à ses pieds. Hammurabi édicte un code de lois gravées dans un bloc de pierre. Située à un endroit où le Tigre et l'Euphrate sont peu éloignés, Babylone bénéficie d'un fort réseau de voies d'irrigation et une forte productivité des terres agricoles. A l'époque d'Hammurabi, Babylone récupère aussi de nombreux habitants des grandes métropoles telles Ur, Nippur, Uruk ou Larsa (délaissées pour des raisons encore inconnues) et intègre leurs traditions culturelles et religieuses. D’abondants textes administratifs datés de son règne ont été retrouvés à Sippar, Nippur et Larsa.
-1749 ans : règne de son fils Samsou-ilouna qui doit faire face aux révoltes des villes et des tribus. Une partie de Sumer lui échappe. En -1740, il doit subir le choc des Kassites (un peuple à moitié barbare sorti du Zagros central) qui s'installent au voisinage de la Babylonie, sur l’Euphrate moyen.
-1595 ans : le roi hittite Mourshilish Ier aidé des rois de Hana et des Kassites pille Babylone et met fin à la dynastie amorrite. Après le déferlement des Hittites sur Babylone, les Kassites s'installent à Babylone et fondent leur dynastie.
La bonne entente entre les Kassites et les Elamites conduit à une période de relative paix et de prospérité en Babylonie d'une longueur exceptionnelle pendant environ 150 ans. L'apport Kassite à la culture et au rayonnement de Babylone est considérable. Les Kassites assimileront entièrement la tradition, la culture et langue babylonienne, ils honoreront ses dieux, révisant son panthéon des dieux et leur histoire autour des principales divinités de Babylone comme Mardouk et Ishtar et restaurerons leurs temples partout en Babylonie. Ils contribueront aussi fortement au développement et la diffusion de sa littérature que nous connaissons aujourd'hui grâce à leur retranscriptions nombreuses. Les lettrés de Babylone constituent les grandes collections de textes religieux, littéraires, divinatoires et scientifiques (lexiques, problèmes d’arithmétique, recettes médicales et pharmaceutiques), ils traduisent les œuvres sumériennes en babylonien.
-1365 ans : l'émergence du royaume assyrien qui devient progressivement une puissance dominante entraîne des conflits avec la Babylonie. Longtemps, ces deux États se disputent le pays à l’est du Tigre qui permet de contrôler les caravanes venant d’Iran. Les relations de Babylone avec son ancien allié élamite se dégradent et s'amplifient.
-1153 ans : prise de Babylone par les Elamites. Cette victoire élamite met fin à quatre siècles d'une stablité remarquable de la dynastie kassite en Babylonie.
-1130 ans : règne de Ninourta-nadin-shoumi de la dynastie d’Isin qui a pris la tête d’un soulèvement national contre les Elamites.
-1124 ans : règne de Nabuchodonosor Ier, 3ème roi de la dynastie d’Isin. Il est un grand guerrier : il fait campagne dans le Zagros central et en Assyrie, dont il assiège même la capitale. Il met en déroute le roi d’Elam et, après avoir pillé le pays vaincu, il ramène à Babylone les statues du dieu Mardouk. Cette revanche éclatante (l’Elam tombe alors dans une anarchie qui durera quatre siècles) vaut au vainqueur une réputation de héros. Les scribes exaltent également Mardouk qui, après ce retour triomphal, achève d’éclipser les divinités protectrices des autres cités de basse Mésopotamie et de mériter le surnom de Bêl (Seigneur, en babylonien). Désormais, à chaque changement de règne, le roi va "saisir la main de Bê" en un geste symbolique qui lui confère le pouvoir.
-1050 ans : Assyrie et Babylonie s'entendent d'une certaine manière face à l'adversité car les deux royaumes sont submergés par les incursions araméennes.
-1025 ans : fin du règne de Nabû-shoum-libour marquée pour Babylone par le début d'un certain chaos et de changements dynastiques fréquents.

Habitation : les cités babyloniennes atteignaient probablement entre 10 000 et 50 000 habitants. La maison moyenne était une petite structure de torchis à un étage, composée de plusieurs pièces regroupées autour d'une cour. La maison d'un Babylonien aisé était une construction en brique de deux étages, comptant environ une douzaine de pièces, dont les murs intérieurs et extérieurs étaient recouverts de plâtre ou blanchis à la chaux. Le rez-de-chaussée comprenait une salle de séjour, une cuisine, un cabinet de toilette, les quartiers des serviteurs et parfois, une salle de culte privée. Le mobilier était constitué de tables basses, de chaises au haut dossier et de lits à la charpente en bois. Les vases domestiques étaient faits d'argile, de pierre, de cuivre et de bronze, et il y avait des paniers et des coffres en osier ou en bois.
Artisanat / Médecine : les babyloniens excellaient dans le travail du métal, dans le processus de foulage, de blanchissage et de teinture, et dans la préparation de peintures, de pigments, de cosmétiques et de parfums. Dans le domaine médical, la chirurgie était bien connue et fréquemment utilisée. La pharmacologie était également développée.

 
Temple du dieu Marduk à Babylone (-1894/-1595 ans, 65 ou 100 m, Babylone, Irak, Epoque Amorrite)

Le temple est constitué du sanctuaire Esagil et de la ziggourat Etemenanki (Tour de Babel).
Fonction de la ziggourat : religieuse (dérivé des temples des périodes archaïques reposant sur des plates formes. Etemenanki était rattachée au sanctuaire de l'Esagil, dédié au dieu tutélaire de Babylone, Marduk. L'édifice avait aussi un rôle durant la fête du Nouvel An, l'Akitu, qui avait un caractère religieux) ou cosmologique (le mot Etemenanki signifie "Maison du Fondement du Ciel et de la Terre", l'édifice établit un lien entre les hommes et les dieux).
D'après l'Enuma Elish, l'Epopée de la Création, Babylone est le centre du monde, parce que celui-ci fut crée par Mardouk à l'endroit où est situé l'Esagil. L'édifice représenterait l'axe du monde.
 
Statuette d'homme agenouillé dit "l'Adorant de Larsa" (-1793/-1749 ans, Bronze, argent, or, 20 cm, Larsa, Irak, Epoque Amorrite, Musée du Louvre)

Cette statuette de Larsa représente peut-être le roi Hammurabi (reconnaissable au bonnet royal) en prière pour le dieu Amurru, divinité incarnant le peuple amorrite. Elle représente un personnage un genou en terre qui semble prier. La petite vasque placée sur le socle, autrefois recouverte d'une feuille d'argent, devait recevoit de l'huile parfumée ou un autre liquide. Elle porte une dédicace au dieu Amurru, par un habitant de Larsa, Awil-Nannar, pour la vie de Hammurabi, roi de Babylone. Cet objet est postérieur à la conquète de Larsa par Hammourabi. Par ce geste, un habitant de la cité vaincue fait allégeance au nouveau souverain.

Detail d'une fresque dite "L'Ordonnateur de sacrifice" du palais de Zimri-Lim, prince de Mari ( -1780 ans, Mari, Irak, Musée du Louvre)

Un personnage de grande taille (peut-être le roi) ouvre un cortège menant un taureau au sacrifice.
Statues du roi Hammurabi (-1760 ans, Diorite, Suse, Irak, Epoque Amorrite, Musée du Louvre)
Représentation de la vieillesse : joues creuses
 
Stèle du Code d'Hammurabi (-1750 ans, Basalte noir, 2,25 mètres, Epoque Amorrite, Musée du Louvre)

3500 lignes de texte en cunéiforme régissant le commerce, la famille, l'esclavage, la propriété, les prix (à lire de droite à gauche, verticalement). Hammurabi priant (à gauche) est représenté avec le Dieu de la Justice Shamash (à droite), le roi recevant du dieu la mission de répandre l'ordre et la Justice dans le pays.
 
Femme nue sur un lit (-1750 ans, Terre cuite, Elam, Iran, Ashmolean museum à Oxford)
Objet associé aux cérémonies du mariage sacré.
 
Pendant de collier (-1600/-1500 ans, Or, craie, 3.6 cm, Dilbat, Irak, Metropolitan Museum of Art de New York)
 

Portrait funéraire masculin (1) et féminin (2) (-1500 ans, Terre crue peinte, 24 cm, Suse, Iran, Musée du Louvre)

1. 2.
 
Tête en ivoire (-1500/-1400 ans, Ivoire, Haft-Tepe, Iran)
 
Façade (1) et Divinités féminine et masculine (2) du temple de la déesse Innana (-1440/-1380 ans, Brique moulée, Uruk, Irak, Epoque Kassite, Pergamon Museum à Berlin (1) et Musée de Bagdad(2))
1. 2.
 
Ziggourat du palais du roi Kassite Kurigalzu I (-1430 ans, Dûr-Kurigalzu près de Babylone, Irak, Epoque Kassite)
 
Statuette de porteur de chevreau (-1400 ans, Or, cuivre, 75 cm, Suse, Iran, Musée du Louvre)
 
Fragments de coupe en verre mosaïque (-1350/-1250 ans, Tell-al-Rimah, Irak, British Museum)
 
Statue de la reine Napirasu, épouse d'Untash-Napirisha (-1340/-1300 ans, Bronze et cuivre, 1,29 m, Suse, Iran, Musée du Louvre)
 
Ziggourat de Choga Zanbil construit par le roi Untash-Napirisha (-1340/-1300 ans, Khouzistan, Iran)
 
Kudurru du roi Melishipak II (-1186/-1172 ans, Calcaire noir, 65 cm x 30 cm, Suse, Iran, Epoque Kassite, Musée du Louvre)

Apparus à l'époque de la dynastie kassite de Babylone, les kudurru sont de petites stèles portant le texte d'une donation royale de terres, comme ici celle accordée par le roi Meli-Shipak à son fils Marduk-apla-iddina.
Au sommet de la stèle, comme accrochées à la voûte céleste, se tiennent les divinités astrales : le croissant de Sîn, le dieu Lune, et l'astre radié de Shamash, le dieu Soleil, encadrent la déesse Ishtar, sous la forme de l'étoile figurant la planète Vénus. Elles accompagnent les dieux souverains qui régissent l'équilibre du monde. Les tiares (couronnes haute de forme cylindrique) à six rangs de cornes posées sur des autels sont ainsi les emblèmes d'Anu, le dieu du Ciel, et d'Enlil, le dieu de l'Air. Ils sont suivis de la tête de bélier et du poisson-chèvre, attributs d'Ea, le seigneur des Eaux douces, puis du symbole de la déesse de la Terre, Ninhursag.
Au registre suivant sont établis les dieux guerriers, qui par leurs combats victorieux assurent la sauvegarde de l'ordre du monde : Nergal, symbolisé par une arme surmontant un dragon, Zababa par une arme à tête de rapace, et Ninurta par une arme à tête de lion. Juste en dessous se tient Marduk, le démiurge protecteur de Babylone, représenté par la bêche pointue et le dragon cornu. Il est accompagné de Nabû, le dieu des scribes, figuré par la tablette et le calame, et de Gula, déesse de la Médecine, sur son animal attribut, le chien.
Au niveau du sol se trouvent les divinités responsables de la fertilité terrestre : s'y succèdent en effet le foudre et le taureau d'Adad, dieu de l'Orage, la lampe de Nushku, dieu du Feu, la charrue de Ningirsu, à l'origine dieu de l'Agriculture, ainsi que les oiseaux du couple divin kassite Shuqamuna et Shumalia. Enfin, rampant sous la surface du sol, toujours prêts à surgir, sont tapis le serpent et le scorpion, emblèmes des divinités chtoniennes des Enfers.
 
Panneaux de briques moulées du temple de Suse (-1150 ans, Argile cuite, 1,35 m, Suse, Iran, Epoque Elamite, Musée du Louvre)

Le roi Elamite Shilhak-Inshushinak fit reconstruire les deux grands temples de Suse. Un groupe constitué d'un homme-taureau protégeant un palmier alterne avec une déesse Lama.
L'homme-taureau, traditionnel gardien de porte dans les temples, allie le génie humain et la force du puissant bovidé). Son appartenance au monde divin est soulignée ici par le port d'une tiare à plusieurs rangs de cornes. Dans la mythologie mésopotamienne, ce personnage est l'acolyte du dieu-soleil, Shamash. Associé au palmier stylisé, il rappelle le rôle primordial du soleil sur la végétation.
La déesse Lama, également considérée comme un être protecteur, garde les effigies de la famille royale. La divinité demeure figée, les bras levés, dans l'attitude caractéristique de la bénédiction. Ainsi, les fidèles étaient accueillis par des figures rassurantes, chargées de garantir la sérénité de la demeure divine et de la chapelle dynastique.
 

8. Epoque Assyrienne
 

-900 ans à -612 ans :

-900 ans : afin d'obéir à leur Dieu Assur, les souverains assyriens se lancent à la conquête du "monde". Ils profitent d'une période de faiblesse de leurs rivaux et grâce à la férocité de leur armée supérieurement organisée, ils fondent un Empire qui occupe la totalité du Croissant Fertile.
-883 ans : règne d'Assurnazirpal II. Les campagnes annuelles d’Assurnazirpal II sont particulièrement sanglantes et cruelles : empalements, pyramides de têtes coupées, populations brûlées vives, dirigeants vaincus écorchés vifs. Cette cruauté devient un véritable mode de gouvernement et le pillage, la déportation et l’imposition des vaincus permettent d’accroître le potentiel économique de l’Assyrie.
-858 ans : règne de Salmanazar III. Il étend le royaume.
-722 ans : règne de Sargon II. Il étend le royaume. Il construit la bibliothèque de Ninive et fonde sa capitale Dur-Sharrukin (localité moderne de Khorsabad) en -717 ans.
-672 ans : règne d'Assurbanipal qui s'empare de l'Egypte en -663 ans. La sculpture assyrienne atteint son apogée sous son règne (Palais nord et sud-ouest de Ninive).

Politique : le pouvoir est exercé par un roi qui porte le titre de "vicaire d’Assur", ce qui résume bien la théologie assyrienne du pouvoir : le véritable roi est le dieu Assur, qui délègue son pouvoir à un représentant sur terre qu’il choisit lui-même. Les inscriptions royales commémorent leurs hauts faits (victoires militaires et constructions).
Comme le veut la tradition de l'Orient ancien, le roi pratique la polygynie. Ses épouses sont aussi bien des filles de rois de rang égal ou de vassaux, des filles de nobles assyriens ou encore des femmes enlevées lors de conquêtes. De ce fait, le harem du roi voit sa taille croître proportionnellement à la puissance de celui-ci.
La noblesse du pays assyrien constitue l’entourage du roi et occupe les plus hautes charges dans l’administration du royaume et l’armée. Les grands nobles obtiennent des propriétés foncières importantes pendant les phases de conquêtes, en échange de leur services, selon la vieille tradition du Proche-Orient antique. Certains peuvent se constituer un très grand patrimoine, et avoir de formidables richesses.
Habitat : Selon la tradition des villes de haute Mésopotamie, les cités assyriennes sont divisées entre une ville basse et une ville haute. Le cas le plus exemplaire est Assur, dont le centre ancien est bâti sur un éperon rocheux.
La ville haute comporte les résidences royales, ou celles du pouvoir en général, ainsi que les principaux temples de la cité, et elle est défendue par une muraille interne. La ville basse est plus résidentielle, artisanale et aussi commerçante, avec le karu, quartier des marchands, le long du fleuve avec un port, et entourée par l'enceinte extérieure. Les maisons suivent le plan traditionnel des résidences mésopotamiennes : organisation autour d'un espace central, qui ouvre sur plusieurs salles.
Art : Peuple très belliqueux vis-à-vis de la Babylonie. L'iconographie est liée à la guerre et la chasse, idéal très viril, sanguinaire. Le cheval est le personnage préféré.
Les Assyriens ont surtout manifesté leur goût pour les bas-reliefs, retrouvés en grande quantité dans les palais royaux néo-assyriens.
Les bas-reliefs des palais assyriens étaient sculptés sur des orthostates, de grandes pierres placées contre les murs du bâtiment. Les sujets, essentiellement profanes, étaient représentés de profil. Les célèbres taureaux-ailés protégeant les entrées du palais contre les démons, ainsi que quelques représentations de génies et de scènes cultuelles constituent les rares exemples de sujets proprement religieux. Le reste des bas-reliefs est tout dédié à la gloire du souverain, et consacre ses actes pacifiques (constructions de monuments, de jardins, scènes de banquet) et surtout ses victoires militaires. Les scultpeurs ont représenté le déroulement de nombreuses batailles, rajoutant parfois des inscriptions expliquant ce qui est représenté (à la manière de bulles de bande-dessinées). Ces représentations n'épargnent aucun détail quand au châtiment qu'encourrent les personnes récalcitrantes à l'autorité assyrienne, et sonne comme un avertissement aux ambassadeurs étrangers séjournant dans le palais. Les bas-reliefs des palais-assyriens étaient peints mais ils ont perdu leurs couleurs. Le style et le sujet étaient les mêmes que ceux des bas-reliefs des grands palais royaux.
De nombreux objets en ivoire sculptés ont été retrouvés dans les grandes capitales néo-assyriennes. L''ivoire était celui de dents d'hippopotame ou de défenses d'éléphant. Les objets en ivoire sculpté présentent pour la plupart des caractéristiques artistiques propres à la Syrie et à la Phénicie, et non à l'Assyrie, que ce soit par leur style ou par les sujets représentés. Il s'agit donc de réalisations faites par des artistes venant de ces pays, qui ont peut-être travaillé dans les ateliers royaux d'Assyrie. La quantité d'objets en ivoire retrouvés en Assyrie même montre qu'ils étaient très appréciés par l'élite de ce pays. Les objets en ivoire sont de divers types : boîtes à fard, éléments de mobilier, plaquettes décoratives.

 
Représentation de la vue d'Assur depuis le Tigre au nord-ouest
Au premier plan se trouvent l'Esharra (temple le plus important de l'Assyrie dédié au culte du dieu national, Assur) et sa ziggurat ; au fond, les ziggurats du temple d'Anu et d'Adad.

 
Roi Assurnazirpal II (bas-relief, Los Angeles County Museum of Art, Californie)
Porte de Balawat (-850 ans, 7 m de hauteur, British Musuem)

Récit de campagne militaire et scènes de chasse
Détails : l'armée Assyrienne affronte l'armée de Hama ; le roi Salmanazar III visite les sources du Tigre.
 
Ivoire néo-assyrien (1) (-850 ans, Ivoire, Metropolitan Museum de New York), panneau d'ivoire découpé avec sphinx ailé (2)
1. 2.
 
Statuette du démon Pazuzu (Bronze, 15 cm, Irak, Musée du Louvre)
Pazuzu appartient à ces divinités démoniaques du monde souterrain, dont la personnalité est parfois utilisée à des fins bénéfiques. L'inscription qui couvre le dos des ailes définit sa personnalité : "Moi, Pazuzu, fils de Hanpa, roi des mauvais esprits de l'air qui, des montagnes, violemment, en faisant rage, sort, je suis.". Pazuzu apparaît au Ier millénaire av. J.-C. sous cet aspect hybride : une créature à corps d'homme et à tête de "dragon-serpent" grimaçant qui tient à la fois du chien et du félin. Pazuzu est largement représenté dans l'art assyrien du Ier millénaire, que ce soit sur de nombreuses statuettes de bronze ou des amulettes protectrices : celles-ci étaient toujours réalisées dans des matériaux variés, modestes comme la terre cuite ou plus précieux, comme la stéatite ou le jaspe. À cette époque, les croyances et les pratiques magiques liées à la personnalité de ce démon prolifèrent.

 

Reconstitution du palais de Sargon II (-717/-705 ans, Dur-Sharrukin, Irak)
 
Roi Sargon II et un dignitaire (-716/-713 ans, bas-relief du palais de Sargon II, Khorsabad, Musée du Louvre)
Taureaux ailés (-713/-706 ans, Khorsabad, Musée du Louvre)
Ils proviennent de la cité de Sargon II (palais de 10 ha de superficie).
Gardiens des seuils des portes, faisant partie de 2 kms de façade murale, ils ont les attributs divins : barbe et coiffe avec des cornes.
 
Fresque (1) et reconstitution d'une peinture murale (2) du Palais de Ninive (-700 ans)
1. 2.
 
Stèle figurant la déesse Ishtar (-700 ans, basalte, 1,22 m, Tell Ahmar, Syrie, Musée du Louvre)
Cette stèle figurant la déesse Ishtar témoigne de l'art provincial de l'empire assyrien au sommet de sa puissance et de son expansion. Souvent représentée dans l'art du Proche-Orient, la déesse revêt ici un caractère guerrier, peu attesté sur des oeuvres monumentales telles que celle-ci. Déesse de l'amour et de la guerre, Ishtar est représentée ici sous sa forme virile et guerrière. Son costume asymétrique, constitué d'une tunique courte et d'un châle frangé oblique dégageant une jambe, est masculin. Il ressemble à celui que portent les génies ou les héros dompteurs de lion sur les reliefs des palais assyriens.
 
Le Roi Assurbanipal chassant le lion, Scènes de chasse, Lionne blessée (-650 ans, British Museum)

Retrouvés au Palais d'Assurbanipal en Irak (Ninive - Kuyunjik), ces bas-relief atteignent le summum de l'art des bas-reliefs assyriens, impressionnants de réalisme (notamment dans la représentation des mouvements). La lionne blessée pendant une chasse du roi montre la valeur physique et morale du roi qui surpasse le mal.
 

9. Epoque Néo-Babylonienne
 

-612 ans à -539 ans :

-612 ans : les Babyloniens s'allient aux Mèdes du Nord-Ouest de l'Iran et finissent par prendre et détruire Ninive la capitale des Assyriens. Babylone redevient la capitale d'un puissant Empire.
-605 ans : règne de Nabuchodonosor II.
En -587 ans, il s'empare de Jérusalem, pille et détruit jusqu'à ses fondements le temple construit par Salomon (seules quelques pierres de la façade ouest subsistent encore de nos jours que les juifs appellent le murs des pleurs ou encore "des lamentations"). Il déporte la population à Babylone (Argument du célèbre opéra de Verdi : Nabucco). Nabuchodonosor était un personnage rempli d'orgueil. Pour être adoré comme un dieu, il se fit construire une immense statue en or massif de 31 mètres de haut et 3 m de large. Lorsque la trompette sonnait tous les hommes libres et les esclaves devaient se prosterner devant elle.
-555 ans : règne de Nabonide, adepte du dieu lune Sin ou Nanna. Or une croyance attribuait la disparition des quartiers de lune à l'influence des démons. Lorsque Nabonide déclara qu'il voulait remplacer au sommet du panthéon des dieux, le grand Marduk et même le dieu Enlil par le petit dieu Sin, des rumeurs coururent à Babylone que Nabonide était devenu fou et qu'il adorait les démons.
-539 ans : l'armée de Nabonide fut envoyée pour arrêter l'avancée conquérante de la grande armée perse dirigée par le roi Cyrus II Le Grand, mais celle-ci au lieu de la combattre se mit spontanément au service de Cyrus le Perse en l'acclamant comme son grand libérateur.

Politique : les grands temples jouent un rôle économique et administratif important. L’essentiel de la vie économique est fondé sur l’agriculture. Les terres sont affectées selon leurs qualités et les possibilités d’irrigation à l’élevage, aux palmeraies et aux céréales. Elles sont concédées contre redevance à ceux qui les exploitent. Certains exploitants sont propriétaires, mais ils restent soumis au temple pour leurs redevances. Une activité de type capitaliste fondée sur le commerce de l’argent et des biens matériels se développe dans les villes. Elle connaît une certaine expansion avec l’apparition de la monnaie qui commence à circuler.
Art : 2 merveilles du monde à Babylone :
- Portes, tours et remparts de la cité intérieure
- Jardins suspendus de la reine Sémiramis
Dominée par une immense Ziggourat, Babylone "la Reine de l'Asie" est entourée d'une enceinte fortifiée de 50 km percée de 100 portes. Elle est agrémentée par d'immenses terrasses fleuries que les voyageurs ébahis voient surgir en plein désert comme flottant dans le ciel : les célèbres "Jardins Suspendus", une des Sept Merveilles du monde. (D'après certaines sources, il aurait déjà existé des jardins suspendus à Babylone depuis plusieurs siècles et Nabuchodonosor n'aurait fait que les restaurer).

 
Maquette de Babylone
Nabuchodonosor II fait restaurer totalement les deux enceintes traditionnelles de Babylone sur une longueur d'environ 8 kms, lesquelles enserrent la surface batie de la cité. Puis il fait construire une seconde muraille externe d'environ 11 kms entourant une zone agricole qui pouvait contribuer au ravitaillement de Babylone en cas de siège. À la vieille ville, proche du fleuve et constituée de rues sinueuses et étroites, s'ajoutent, au nord est de la cité, des quartiers caractérisés par de grandes avenues se coupant à angles droit, dans une sorte de plan en damier. Les contrats de vente des maisons située sur ces axes de circulation appellent ces derniers "voie de passage du roi et des dieux". Il s'agit de grandes voies processionnelles. La plus célèbre est surnommée "Puisse l'ennemi arrogant ne pas réussir" et les dalles qui pavent le sol de cette rue sont au nom de Nabuchodonosor.
Porte d'Ishtar (-575 ans, briques polychromes, Babylone, Irak)
Dragon, lion et taureaux passants

 

Lion de la Voie Processionnelle (-575 ans, Babylone, Musée du Louvre)

 
Jardins suspendus (Babylone, Irak)
Ont-ils vraiment existé ?
 
Nabonide face aux symboles de Sin (lune), de Shamash (soleil) et d'Ishtar (Vénus) (-556 ans)

10. Epoque Perse
 
-539 ans à -331 ans :

-700 : les Perses (envahisseurs indo-européens) s'établissent dans la région sous domination des Mèdes.
Une dynastie émerge avec le règne de Cyrus.
-539 : prise de Babylone par le roi Cyrus II le Grand et fondation de l'Empire perse.
Il ne gouverne pas son gigantesque empire par la cruauté comme le firent les Assyriens, bien au contraire, tout son règne se caractérise par une politique de tolérance et d'intégration envers les divers peuples qui composèrent son nouvel empire. Il fonde la capitale Pasargades.
-522 ans : règne de Darius I. Il démarre d'importants travaux de construction à Suse (terrasses, un apadana, un palais, des maisons, une porte monumentale) et décide de construire une nouvelle capitale Parsa (Persépolis en grec) pour symboliser la puissance des souverains Achéménides.
-331 : prise de Babylone par Alexandre le Grand

Art : grandeur extraordinaire des bâtiments, le luxe de la décoration et dans la combinaison d'éléments empruntés aux peuples conquis. Les chapiteaux des colonnes traduisent à eux seuls l'originalité de l'art perse : ils sont constitués de deux demi-chevaux (ou taureaux) adossés sous forme de protomes.
L'art achéménide est principalement un art de cour, axé sur la glorification du monarque. Mais là où chez les Assyriens, par exemple, les palais s'ornent de cruelles scènes de guerre et de chasse, chez les Achéménides, on trouvera de paisibles processions des peuples tributaires ou des lions majestueux sans expression de férocité, comme à Suse.
 
Palais de Pasargades (-546/-530 ans, Iran)
1. 2.
1. Palais résidentiel / 2. Terrasse fortifiée de Tall-e Takht : Cyrus construisit cette plateforme en -547 mais n'eut pas le temps de bâtir dessus. On ignore donc s'il voulait en faire une résidence ou une citadelle.

Cylindre de Cyrus (-539 ans, argile, British Museum)
Après sa prise de Babylone, Cyrus a publié une déclaration, inscrite sur un cylindre d'argile et contenant une description de ses victoires et actes compatissants, aussi bien qu'une documentation de sa lignée royale. Le cylindre décrète les thèmes normaux de la règle persane : tolérance religieuse, abolition de l'esclavage, liberté du choix de profession et expansion de l'empire. Ce cylindre est souvent mentionné comme la « première charte des droits de l'homme ». En 1971, l'ONU l'a traduit dans toutes ses langues officielles.
 
Tombeau de Cyrus (-529 ans, Pasargades, Iran)
 
Roi Darius I (-522 ans)
Frise des archers (1)
P
anneau aux sphinx (2)
Taureau ailé (3)
Frise des lions (4)
(-522/-486 ans, Briques siliceuses à glaçure, Suse, Iran, Musée du Louvre)

1. 2. 3.
4.
1. Lance aux pieds, vêtements colorés, personnages en procession, de profil mais avec l'œil de face.
2. Dans le panneau aux sphinx, cette tête sereine semble inspirée du modèle royal. Elle adopte le stéréotype de tous les visages représentés sur les reliefs de briques à Suse puis de pierre à Persépolis. On y retrouve la régularité du visage de Darius tel qu'il est représenté sur d'autres monuments. Ce canon royal, plus idéalisé que réel, est appliqué à tous comme une preuve de la grandeur de l'empire. Ces sphinx sont donc à la fois l'émanation de la personne royale et de divinités protectrices.
3. Image de force et de puissance, de protection et de défense, le taureau susien personnifie l'autorité royale.
 
Palais de Persépolis (-518 ans, colonnes de 20-30 mètres de haut)
Le bas-relief représente les Mèdes, les Perses et leurs assujettis (Lydiens, Scythes).
Lances aux pieds des Perses, en procession.
 
Lion chassant un taureau (-518 ans)
 
Chapiteau d'une colonne de la salle d'audiences (Apadana) du Palais de Persépolis (-510 ans, Calcaire, Suse, Iran, Musée du Louvre)
 
Anse de vase en forme de bouquetin ailé dont les pattes reposent sur un masque de Silène (-400 ans, Argent partiellement doré, 27 cm, Musée du Louvre)
 
Parure de perles (-350 ans, Agate, Suse, Iran, Musée du Louvre)

 
Crédit Textes et Photos :
www.louvre.fr / www.metmuseum.org / www.insecula.com
/ www.baghdadmuseum.org
/ www.imj.org.il / www.thebritishmuseum.ac.uk / fr.wikipedia.org